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15 septembre 2011

Alicia

Je ne sais pas du tout pourquoi cette nouvelle s'appelle Alicia, mais le nom s'est très vite imposé alors que je l'écrivait. Ce sera peut-être le début d'un triptyque, ou peut-être pas.

 

 

 

En poussant la porte de la salle d'interrogatoire, James se rendit bien vite compte que la bataille avait déjà commencé. Un petit gros, engoncé dans un costume gris, faisait vaillamment face à un feu nourri de question de la part d'un homme au visage en lame de couteau. James détestait ce foutu visage. Un visage comme on en fait plus, un visage de seigneur, fait pour commander. La dureté de l'acier incarnée sur une simple face. Merlont étais ainsi fait. Pas de compromis avec lui; le petit gros pouvait se défendre de toute sa force, il se ferait immanquablement déchiqueter au final. Pourtant, force était de lui reconnaître une défense pour le moins judicieuse; par une série de pirouette, il s'échappait bien vite des questions de l'inspecteur qui lui faisait face. Cela énerva James presque autant que la présence de Merlont. C'étais un énervé, James, beaucoup trop émotionnel pour faire le métier de flic, on lui avait déjà dit cent fois. Mais on ne change pas un homme, surtout un énervé comme lui. Alors il continuait de faire son job, tout en pestant contre les Merlont et les petits gros. Et il était malgré tout efficace. C'était peu être son ton énervé, ou peut-être sa calvitie prématurée, mais il savait quoi faire pour pousser un suspect à se mettre à table. Il s'asseyait en face du type, et commençais à lui taper la discute. Et plus la conversation avançais, plus James s'énervait, plus le type s'embrouillait, et il finissait par vomir tous ce qu'il savait. Merlont aussi obtenait des résultats, mais il était trop rigide et tranchant. Ses méthodes marchaient très bien sur les gens de chairs molles ou d'un métal moins résistant, mais, s'il en trouvait un plus dur, il pouvait lui aussi se faire briser aussi sec. Sans parler des gens qui sont comme des étangs, profonds, insondables, changeants et traîtres. Comme ce petit gros qui, selon le dossier, se nommait Larmant. Faire discuter Merlont et Larmant, c'étais mettre des coups d'épées dans l'eau. Ca ne servait à rien sauf à faire fuir le poisson. C'était du travail d'amateur, et ça énervait James. On voyait tout de suite que c'étais Girard qui s'étais chargé de l'affaire et pas Sievert. Sievert, il était nul pour enquêter, nul pour faire parler, nul pour faire des liens, nul pour classer des dossiers. Une foutue catastrophe en tan que flic. James se demandait encore comment il avait pu finir capitaine. Par contre, Sievert savais choisir qui envoyer. Il regardait l'affaire, se couchait par terre pour y réfléchir, et trois heures plus tard, sans lien apparent, il sortait en trombe de son bureau et affirmait d'un ton péremptoire:

-Il faut envoyer Boulier sur l'affaire des cambriolages du 9ème.

Et on envoyait Boulier, et Boulier s'en sortait à merveille. Si Sievert s'étais chargé de la répartition de l'effectif sur cette affaire, il aurait tout-de-suite vu que c'étais James qu'il fallait envoyer plonger, et pas Merlont. Mais c'étais Girard qui l'avait fait, et Girard étais un trou-du-cul. Un trou-du-cul efficace, il fallait le reconnaître, mais justement. Chez Girard, c'étais la rentabilité qui primais. On envoyait Merlont, ça passe ou sa casse, et si casse des dizaines d'autres affaires ne demandent qu'à être étudiées. Ca énervait James, qui aimait que les affaires soit résolues, et ne soient classées qu'une fois résolues. Bien sûr, des fois, il avait conscience qu'on ne pouvait rien faire, et alors il laissait tomber. Mais quand on avait une belle opportunité de négocier les choses en douceur, et qu'on foirait tout pour gagner en rentabilité, ça l'emmerdait. Et tant pis si Girard avait de meilleur résultats que lui, pour lui c'étais tout de même un trou-du-cul, et James était fait ainsi.

-Allez, Merlont, on arrête les frais ici.

Rien qu'au ton, Merlont senti qu'il était énervé. Il le regarda d'un air froid et condescendant.

-On se calme, James. C'est le patron qui m'as confié cet interrogatoire, et moi-même ça ne me plais pas plus que ça de travailler sur cette enquête, si vous voyez ce que je veux dire. Parler avec ce type, c'est comme donner des coups d'épées dans l'eau. Plus lisse qu'une carpe, plus muet qu'une pastèque. Mais à moi, on ne la fait pas. Il sait des trucs, mais il veut nous emmerder, et il ne nous lâchera pas avant d'être sur d'avoir réussi ou d'être tiré d'affaire. Je serais vous, je ne l'entreprendrais pas. Après, faites comme vous l'entendez, je pense qu'on n'en tirera rien de plus.

Il poussa la porte et sorti, laissant James en tête-à-tête avec Larmant. James s'assit, mine de rien, tranquille. Mais même dans sa façon de s'assoir, on le sentait déjà énervé. Cette journée, pour lui, c'étais l'enfer. Des merdes qui s'enchaînaient. Il commença à travailler le type. Le job n'aurait déjà pas été facile en temps normal, mais avec en plus Merlont qui l'avait braqué conter lui, il promettait d'être encore plus délicat. Foutu étang, foutu poisson. Girard avait merdé, Merlont avait merdé, même Sievert avait merdé – il aurait du être là, donner des ordres, répartir les hommes.

Au bout d'une demi-heure de discutions, Larmant craqua et avoua tout.

On parlait à James quand il était énervé, et James était souvent énervé.

 

Posté par Paskaven à 16:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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