UneTortue

Voici le blog officiel du dix-neuf et de tout ses supporter!

18 mai 2009

Dix-neuf

dix_neuf

Salut-salut à tous, et bienvenue sur mon blog! J'ai décidé de faire une nouvelle présentation parce que j'avais envie et que la dernière ne me plaisait plus (deux bonnes raison, hein?).

Donc on va voir rapidement qui je suis, pourquoi je tien ce blog, et ce qu'il est exactement. Un petit récapitulatif, en quelque sorte. Pour les nostalgiques de la vieille présentation, elle existe sous spoiler à la fin.

Dans un premier temps, il faut savoir que les article de ce blogs sont publié dans l'ordre de parution croissant. C'est à dire que les plus vieux sont en premier, et que les plus récents viennent s'ajouter en dernière page. Sur ce nouveau support, c'est formidable, mes derniers articles sont affiché sur la colonne à votre gauche. Vous pouvez donc savoir en quelque seconde si il y a des new's ou pas...

Alors, pourquoi je tien ce blog... Eh bien, principalement pour prouver à plein de monde qu'il est possible de faire un blog relativement cohérent, convivial, et intéressant, dans la mesure du possible. Moi-même, j'en ai vu plein de géniaux, donc je n'en doute plus, mais quand on vois des chef-d'œuvre de nullité produits par certains...  Bref. Donc, au début, c'était juste un projet comme ça, je n'avais aucune idée de ce que j'allais mettre dedans. On voit que ça à changé depuis... Mais la raison fondamentale pour laquelle ce blog existe reste valable, même si d'autre existent aujourd'hui.

Alors, qui suis-je? Je ne vais pas longtemps m'attarder sur moi, comme je l'ai dit, je ne fais pas un blog pour raconter ma vie mais pour raconter celle du blog en lui-même. Donc je passe. Si un jours vous êtes gentils, je vous ferait peut-être un article pour moi.


Bref, c'est fini pour cette intro. Je vous invite à parcourir ce blog, et bien sur, l'essentiel, y prendre du plaisir.

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News générales du blog

Je fais un peu de ménage, j'aimerai me remettre à écrire, ne serait-ce que des conneries nihilistes. J'aimerai aussi trouver l'amour et faire du skate like a boss, mais ça ce sera dans une autre vie.


Ah, j'ai aussi dégagé quelques liens et stocker les LRDPS ailleurs. Parce que c'est pas bien de copier et que le réchauffé, c'est pas bon.

 

compteur de visite compteur gratuit

Posté par Paskaven à 22:49 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Dix-neuf

petite nouvelle...
Voila une petite nouvelle que j'ai écrite pour un concours. Inutile de préciser que tout les droit sont réservé.










Dix-neuf






Je suis mort le dix-neuf juin, à dix-neuf heures dix-neuf ; et dix-neuf secondes, s’il vous plaît. C’est fou comme coïncidence, hein ? On nous répète sans cesse qu’une personne meurt toutes les secondes, mais personne n’a jamais réalisé qu’on pouvait mourir à une heure comme celle-là. Une fois mort, savoir que personne n’aurait pu, ne serait-ce qu’imaginer le moment exact de mon décès, a été très réconfortant. Ce n’est pas que je n’aie eu une belle vie, ou que ma mort ait été particulièrement douloureuse, mais se sentir mort, même à mon âge, ça fait un choc. Bien sûr, tout le monde le répète : cela peut arriver n’importe quand, il faut prendre ses précautions, le plus souvent on ne s’y attend pas… n’empêche que. Pour reprendre le fil donc, je disais que j’étais mort à cette heure si particulière où le jour d’été est loin d’être fini mais où le soleil semble déjà avoir consumé tout ce qui pourrait le faire brûler. C’était sur la terrasse de ma maison de campagne, cette même terrasse où j’ai célébré la naissance de mon dernier petit-fils, cette même terrasse de cette même maison où j’ai passé toutes les années qui ont suivi mon trente-deuxième anniversaire. Les médecins sont arrivés peu de temps après l’appel de ma femme aux urgences. Ils m’ont embarqué dans une ambulance hurlante, avant de me transférer dans un lit aux draps frais, puis de tenir de longs conciliabules avant d’annoncer, en les ménageant le plus possible, le décès aux proches. Une attaque foudroyante, dirent-ils, on a vraiment tout tenté pour le sauver, mais il n’y avait rien à faire. Inutile de préciser que j’étais déjà mort depuis deux bonnes minutes lorsque que l’on a tout de même décidé de me transférer à l’hôpital. C’est le genre de détail qui n’est bon pour personne, qui nuit au médecin, peine la famille, et discrédite l’efficacité de la très respectueuse Clinique Privée St Thomas de Bangor, Maine. C’est mieux pour tout le monde de ne rien dire, faire autant de problèmes pour un tout petit transport, qui plus est de personne n’ayant plus aucun rendez-vous sur son agenda, et qui ne se trouvait donc nullement incommodé de cet état de fait. Les pompes funèbres firent un cortège en bonne et due forme, la famille affligée suivant d’un pas morne le corbillard, et enfin un gueuleton monumental pour célébrer l’événement. Les frais de successions furent réglés sans plus attendre, une bonne partie atterrissant au passage dans les poches de l’Oncle Sam, et au bout d’un ou deux mois, plus personne ne parla de ce vieux ronchon, qui traînait sans cesse ses guêtres et fourrait son nez partout. On fit table rase du passé ; nous sommes à une époque moderne, où le temps équivaut à de l’argent, ainsi évite-t-on d’en gâcher pour quelqu’un qui est de toute façon mort et enterré et ne risque plus de nous faire des reproches quant à notre inattention. C’est ainsi que le monde oublia qui fut Eddie Waller Shasmooth et que je pris vie pour la seconde fois.

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Ma première vie n’avait rien eu de formidable : élevé dans une famille modeste de Derry, scolarité dans la moyenne, concours de professeur passé de justesse, puis s’ensuivit une vie des plus communes où l’on rencontre dans l’ordre habituel amis, femme(s), enfants, retraite, petits-enfants, et enfin une terrasse au rez-de-chaussée de ma maison. Je décidai sans attendre que ma seconde vie devrait être bien plus grandiose. Je venais de finir le dernier livre de Paul Auster, Mr Vertigo ; sans grande imagination, je décidai de m’inspirer du nom du héros, Walt le Prodige. Mon nouveau nom ainsi choisi, il ne me restait plus qu’à trouver quoi faire pour rendre ma deuxième vie grandiose. Je pensai tout d’abord voler, comme le premier Walt Le Prodige, mais ce projet disparut bien vite : si ce n’est dans les romans ou avec un trucage, les hommes ne peuvent voler. Je partis alors d’un raisonnement logique, qui m’apparaît aujourd’hui horriblement primaire : ma première vie étant plus que médiocre, il me suffirait de faire l’inverse de cette vie pour vivre enfin une grande vie, une vie qui me laisserait empli d’une juste et digne satisfaction.
Je naquis donc fille, unique enfant d’une famille habitant un quartier cossu de l’est de Londres. Rien ne me manqua durant l’enfance de cette seconde vie. Je croulais sous les présents, et alors que je grandissais et que ma beauté s’affinait, je réfléchissais sans cesse au moyen d’être connue par le monde. La bonne société anglaise est un monde fermé et statique, où une personne de mon jeune âge a tôt fait de s’ennuyer, entourée de vieillards dont les seules préoccupations semblent être de spéculer en bourse. Je décidai donc, vers mes (ô ironie du sort) dix-neuf ans, de me tourner vers le Nouveau Monde. Je m’installai ainsi à Philadelphie, où certains de mes amis étudiants en médecine résidaient. J’avais reçu, lors de mes jeunes années, une formation d’infirmière à domicile. La santé étant la plus grosse dépense des foyers américains, j’arrivais par ce moyen à subvenir largement à mes besoins. L’illumination sur mon avenir me survint un mardi soir, en revenant de chez un vieillard, de plus cloué au lit. Elle prit la forme d’une pancarte, placardée sur une palissade miteuse le long de mon chemin. La pancarte proclamait dans une profusion de couleurs vives « American Idol : le rêve d’une génération ».

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Dès cet instant, la vie ne fut plus une difficulté pour moi. Les auditions s’enchaînaient, et comme j’avais pris soin de me doter de cordes vocales parmi les plus admirables, je les franchissais haut la main. Je sublimais mes auditeurs ; des adolescentes énamourées aux vieillards décatis, tous tombaient sous les charmes conjugués de ma voix et de ma plastique. Les hommes étaient à mes pieds ; les maisons de disques s’arrachaient les cheveux pour signer mes contrats ; je croulais littéralement sous l’argent. J’avais déniché un agent, une vieille connaissance ayant fait des études en droit et marketing. Bien vite, nos relations dépassèrent le simple stade professionnel. Je programmai sans plus attendre une tournée nationale. Les Etats s’enchaînaient sous moi : je traversai le Tennessee, Arkansas, Texas, Oklahoma, Kansas, Nebraska, Colorado, Nouveau Mexique, Californie… chaque concert fut un succès, chaque public fut séduit, et des flots incalculables d’argent rentraient dans mes caisses. Pendant un instant, le pays n’avait plus que moi sous les yeux. C’est alors que je commis la plus grosse erreur de cette vie, et décidai de m’installer à New York.

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La Grosse Pomme m’accueillit avec la bienveillance soupçonneuse dont elle fait preuve envers les nouveaux artistes. Je fus tout d’abord profondément affligée du lieu de mon premier concert : une petite salle miteuse de Broadway. Puis je compris que ce n’était qu’une sorte de rite de passage, un rituel instauré par les premiers artistes de cette immense cité. Ce premier concert se déroula cependant comme tous les autres : une réussite phénoménale. Ce fut le lendemain de ce concert qu’arriva la catastrophe qui devait détruire cette vie. Je rentrais fièrement du restaurant voisin où j’avais dîné, et c’est là que je croisai ma femme. Mon chauffeur conduisait, et j’étais assise à la place du mort. Je sautai de ma voiture et me précipitai vers elle. Je restai un premier temps choquée devant cette créature misérable apparue devant moi comme par magie. Vieillie, le visage creusé de sillons de souffrance, ma femme était ravagée. Elle avait été de mon vivant si joyeuse et pleine de vie que le contraste apparaissait comme une sorte de maladie hideuse qui la défigurait et la transformait en une sorte de harpie triste. Elle devait alors avoir passé le centenaire, et cela se voyait. Je la serrai dans mes bras en pleurant et en la couvrant de baisers lorsqu’elle me repoussa doucement et me demanda qui j’étais. Le premier choc surmonté, je compris qu’elle ne pouvait me reconnaître. A son crédit, il faut lui accorder qu’une blonde pulpeuse n’a guère de point commun avec un cadavre livide étalé sur une table mortuaire. Je fus cependant effondrée de comprendre que ma femme était perdue à jamais pour moi. Il s’avéra qu’elle avait déménagé peu de temps après mon décès pour s’installer à New York, et vivait aux alentours de Brooklyn. Peu après ma mort, l’un des petits-enfants avait été atteint d’une leucémie, ce qui avait poussé notre cher fils à mettre fin à ses jours. J’écoutais tout cela avec une sorte de détachement extérieur, mais une horreur croissante commençait à prendre le pas sur ma désinvolture affichée. Les dernières nouvelles de la famille m’anéantirent ; je sombrai peu à peu dans l’alcool et dilapidai d’immenses richesses dans une vieille demeure de Manhattan qui m’avait séduite par son architecture et son charme si particulier. Ma fortune fondait.
L’Amérique m’avait bien vite oublié, et mon second album fut un échec retentissant. Tout mon entourage s’inquiétait de ma santé, ou plutôt de celle de mon compte en banque. C’est à cette époque que mon agent m’abandonna, prétextant une pressante affaire de famille dans le Kansas. Une façon habile de s’éloigner du navire qui sombre. A l’Apogée de l’imposture, je dus vendre mes multiples propriétés, puis au fur et à mesure que les dettes s’accumulaient, je vendis toutes mes possessions. Je cherchais sans cesse et sans succès un travail. Puis vint le jour où je dus vendre ma demeure. L’apport d’argent procuré par la transaction me maintint à flot pendant deux petits mois de plus, passés à boire dans un vieil appartement crasseux ou à fréquenter des cercles de jeux. Puis vint le moment du choix fatidique : l’alcool ou l’appartement. C’est ainsi que je me retrouvai dans la rue.

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Le trottoir est un monde en soit. De tout ce que j’avais connu au sommet, plus rien n’avais cours ici. Ici on ne vit plus, on survit. Dans l’attente. L’attente du prochain jour, du prochain repas, de la prochaine heure, de la prochaine pièce qui tintera sur le trottoir. On est perpétuellement fatigué et malade. En peu de temps, on devient crasseux, si crasseux qu’on ne le perçoit même pas. Et il y a le froid. Un froid terrible, un froid qui pénètre dans les os et glace le sang. Rien ne peut l’arrêter ; où que tu ailles, sa morsure glacée te poursuit. On ne se réchauffe jamais sur le trottoir, on devient soi-même une pierre, un roc insensible. Mais personne n’est entièrement insensible. Personne ne peut endurer tout ce que j’ai vécu durant ces jours et en sortir intact. C’est une expérience qui change quelqu’un, qui le métamorphose à tout jamais, et qui anéantit la plupart des personnalités, ne laissant qu’un résidu d’être vivant, une sinistre carcasse dépourvue de tout espoir. Mais laissons ces tristes souvenirs ici ; les mots sont trop faibles pour les décrire, et je n’ai aucune envie ni intention de revenir dessus. Parlons plutôt de la deuxième fois où ma vie bascula. Un soir fade de janvier, au plus profond de la nuit. Voyez-vous, les soirs de janvier sont tous fades, presque sans substance. Un soir de janvier n’a ni nuit profonde, ni brouillard surréaliste, ni magnifique soleil couchant, ni dernier éclat de lumière ou premier éclat d’obscurité. Et rien qui le distingue vraiment d’un autre soir de janvier. C’est ainsi que je compris que ma vie était finie. Il était clair que je ne pourrais sortir de la misère dans laquelle j’étais, et que cette misère ne m’enseignerait rien de plus que ce que je connaissais déjà. C’est ainsi que je pris la décision de mettre fin à mes jours.

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L’acte en soi n’eût rien de difficile : ce fut le choix de la manière qui me posa problème. Je réfléchis longtemps : je voulais mourir, de manière indolore, immédiate et applicable sans attente. J’ai pensé comme tout le monde dans ce cas-là à prendre des médicaments, mais où trouver l’argent permettant de les acheter ? J’avais grand-peur que ma résolution ne s’effrite avec le temps, et je me sommai donc de trouver sans plus attendre une idée. J’avais entendu parler de la mort par noyade dans une eau glacée : on ne sentait rien, les sens étaient anesthésiés, c’était comme s’endormir pour ne plus se réveiller. Absolument rien de tout cela n’est vrai. Le premier choc lorsque l’on touche l’eau est terrible. La morsure glacée se répand partout, des aiguilles de feu s’incrustent dans chaque pore de votre peau et vous font souffrir mille morts… On se débat, on hurle, on avale de l’eau mais rien n’y fait. Puis, petit à petit, la sensation s’estompe. Non pas qu’elle soit moins forte, sûrement pas : la douleur reste ce qu’elle est, dans toute son abominable atrocité. Mais désormais, on a un autre problème : le manque d’air. Jusque-là, j’avais compris qu’il allait falloir souffrir pour mourir, mais j’étais prête à aller au bout de cette terrible douleur. Quand la première bouffée d’oxygène manqua, je renonçai immédiatement. Je me battis alors, dégoulinante, pour me hisser à la surface et respirer, respirer, RESPIRER ! Le besoin d’air oblitère tout, on ne pense plus, la douleur passe immédiatement au second plan, seul compte l’instinct de survie animal qui dit de remonter pour vivre ! Mais il est trop tard. Il n’y a plus rien à faire. Il ne reste plus qu’à mourir. Et je mourus.

Jamais de toute ma vie je ne fus aussi contente d’être morte.

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Quand j’en dressai le bilan, cette vie ne m’avait rien apporté de plus sur le chemin de la grandeur. La seule chose que j’en retirais est que la mort par noyade est quelque chose à éviter, et que ni le dénuement ni la gloire sensationnelle n’apportai de véritable satisfaction. Je me mis alors à réfléchir sur la nature même de la grandeur que j’avais recherchée, et sur la façon dont elle pourrait arriver. Je ne tirai de cette courte introspection aucun élément significatif, et je sentis qu’il ne servait à rien de plus attendre. Je me lançai alors tambour battant et plein d’optimiste sur ce que devrait être ma troisième vie. J’allai vérifier les dires des curés de mon enfance…

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Ce fut de cette manière que je naquis au Tibet. Le Tibet est considéré comme l’un des plus haut lieu spirituel du monde, avec le Vatican, et c’est pour cela que je l’avais choisi. Rien ne m’avait pourtant préparé à une telle contrée, et je connus de ce fait et pour la seconde fois les difficultés d’apprendre une langue. Mon père était artisan du métal, ma mère préparait les repas et s’occupait des plus jeunes. Mon frère aîné était chargé de mon éducation. Il avait eu la chance d’être admis lors de sa jeunesse dans l’une des rares écoles publiques, il possédait donc de fait un savoir peu commun sur l’Univers et son fonctionnement. Il m’enseigna de nombreuses sciences comme la physique et l’astronomie, ainsi que quelques notions de chimie et d’optique. Mon père se chargeait de mon éducation religieuse, m’apprenant psaumes et prières, ainsi qu’à vénérer les dieux. L’un des chocs de cette vie fut lors du passage des moines. Ils me présentèrent des objets appartenant au dernier Dalaï-Lama parmi d’autres effets. Je n’en reconnus aucun mais je restai fasciné par le regard de ces hommes. En accord avec mes parents, je fus conduit dans un monastère voisin où je vécus quelques semaines seulement avec les moines, mon jeune âge ne se prêtant pas à la rigueur d’un tel lieu. Mon enfance fût relativement joyeuse, avec ses peines et ses chagrins comme toute enfance, mais elle ne fut troublée par aucune expérience traumatisante. Mes parents m’aimaient et ne me firent jamais de trop grands reproches. Cependant, je m’attachais nettement moins à eux qu’à mes précédents parents, peut-être la conséquence d’une plus grande habitude des parents… Enfin bon, le fait est que je quittai la maison familiale à l’âge de quinze ans, où je réussis haut la main un concours d’admission à une école de la grande ville de Lhassa. Je quittai ma famille, le sourire aux lèvres, pour ne jamais les revoir. Ce fut cette année-là que la Chine envahit le Tibet, tuant et asservissant des milliers d’habitants. Le réseau de lycéens soudés auquel j’appartenais me permit de quitter ma région, sans bagage et accompagné par quelques camarades, mais aucun membre de ma famille ne survécut.

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Alors commença pour moi une vie de bohème. Je ne devais jamais rester au même endroit, de crainte d’être découvert. Je me cachai, abandonnant peu à peu mes études, partant en quête de spiritualité. Je m’inscrivis dans divers monastères tibétains, jusqu'à prétendre tout savoir sur la philosophie de ces monastères. Je résolus alors de voyager tout autour du monde, apprenant culture, religion, us et coutumes des lieux où j’allai. J’appris l’Islam, toutes les formes de Christianisme, le Judaïsme, le Satanisme, l’Hindouisme, les Religions Chinoises, le Jaïnisme, le Sikhisme, les Religions Kamishisan  Japonaises, le Chamanisme, le Vaudou, les Religions Maya, Aztèque, les Mythologies Grecques, Romaines, Nordiques, Egyptiennes…et bien d’autres. Je ne vous dis pas le nombre de dieux qui existent et qui se prétendent tous uniques. Je me retrouvai alors déjà vieux et usé par une vie de voyage sans repos ni lieu fixe, et pas plus avancé sur le chemin de la grandeur. Jamais au cours de mes pérégrinations, je n’avais pris le temps de m’attacher de façon durable à d’autres personnes qu’à moi-même, et j’avais depuis longtemps perdu contact avec mes anciens amis. Je mourus paisiblement, dans un hôpital accroché au flanc d’une falaise des Alpes suisses, des complications d’une infection des voies respiratoires, et dans un dénuement exemplaire.

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Malgré les diverses allégeances divines que j’avais prêtées, aucune ne me mena au paradis, ni au Nirvana, ni au Walhalla, ni dans aucun autre des ces lieux de félicité éternelle. Elles ne me servirent, dieux me pardonnent, strictement à rien. Je me retrouvais encore devant le même dilemme. Enfin bon, comme on dit, ce n’est pas nous qui ne marchons pas droit, c’est le monde qui va de travers… Dans cette optique, je me choisis une nouvelle existence entièrement livrée au hasard. Effet de mon ancienne vie dans les casinos ? En tous cas, le destin seul déciderait de ma nouvelle naissance. Cette existence devait être la bonne, l’ultime, celle qui apporterait la révélation, qui sublimerait toutes mes vies.

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Je naquis mort-né dans cette vie-là.

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Profondément déçu par cette tentative de m’en remettre au destin, je restai plongé durant un certain temps dans un désespoir sans précédent. Ma mort m’avait beaucoup affligé cette fois-ci, bien plus que les autres. Avant pour moi, ce n’était qu’une douleur passagère, sans continuité et qui finissait par déboucher sur une autre vie. Ma réflexion fut encore longue et profonde, et une fois de plus, ne déboucha sur rien de concret, ni même rien d’intéressant à relater ici. Je pris cependant quelques résolutions résultant de ces obscures pensées : plus jamais de vie au hasard. La vie était pour moi bien trop précieuse pour la gâcher ainsi, risquant toutes sortes de choses en naissant au hasard. Cette vie avait détruit une bonne part de ma personnalité et je pressentais que reproduire ce genre d’erreur me serais fatal. Je m’interrogeai donc sur la grandeur que je voulais trouver. Ce n’était pas la tranquillité d’esprit, atteinte dans ma première vie ; ni la gloire ou le dénuement de la seconde ; ni la spiritualité trouvée dans la troisième ; ni la mort dans la quatrième.

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Enfin bon. Je suppose que vous avez mieux à faire que de lire mes délibérations et radotages de vieillard. J’ai trop vécu, et ça se voit ici. Passons sans plus attendre à la suite, ne lassons point nos lecteurs. Ici la vie, la mort ont le même visage. Et l’avenir se décide entre ruine et carnage.
C’est dans la grande ville de Berlin que se termina ma dernière vie. Je marchais dans la rue, flânant à la recherche d’un petit restaurant douillet où me sustenter. On a souvent dit que Berlin n’est jamais déserte. C’est vrai, vous pouvez traverser une rue à quatre heures du matin et la trouver pleine de fêtards. C’est vrai aussi que où que vous vous trouviez, vous pouvez être sûr qu’une dizaine de paires d’yeux sont braqués sur vous du haut des immeubles. Cependant, prenez le temps de marcher à dix-neuf heures dix-neuf minutes au coin de l’Orchideenweg et de la Fenchelweg, et vous ne croiserez pas un chat. Il ne fait aucun doute que certains des miradors des cieux sont là et vous observent, munis de leurs plateaux repas et assis dans leurs fauteuils préférés, mais vous êtes tout seul tout de même dix-neuf étages plus bas. Enfin, seul avec lui. Lui. Celui qui va vous tuer, mettre un terme à votre existence, sans aucun avertissement. Bien sûr, à ce moment-là, vous n’y pensez pas. Vous être tranquille, vous songez à votre prochain repas, à votre prochain travail, à votre prochaine femme, au métro ou au taxi que vous prendrez pour rentrer chez vous, aux gens qui vous attendent, aux choses que vous avez faites ou que vous ferez, bref à tout, sauf à lui. Et là, il surgit d’une ruelle (toujours sombre), couvert de sang, un flingue à la main, prêt à vous descendre, vous, le témoin innocent de l’histoire. Le cadre typique des morts violentes. Ces morts qui vous font vous demander pourquoi vous ne vous êtes pas suicidé, bien sûr pas par noyade mais par une méthode plus douce, qui ferait s’endormir pour ne plus se réveiller. Pour éviter ça. Pour faire en sorte qu’il ne vous croise jamais. Pour faire en sorte d’être sûr que sa route ne croisera jamais la vôtre. Mais vous ne le faites pas. Vous ne le faites jamais. Car personne, personne, personne ne sait à quel point il est long d’agoniser sous un réverbère. Et que de toute façon, c’est stupide, car c’est tout à fait possible, voir même probable, que votre chemin ne croisera jamais le sien. Et après ? Et après ? Et après…
Eh bien, vous détestez l’espèce humaine, vous en voulez à la terre entière. Vous ne voulez plus les voir, ces animaux stupides, ces bêtes affreuses. Un poète, un jour, a dit que les bêtes descendaient des faubourgs en feu. Il avait dû le croiser un jour et avoir survécu. Ce n’est pas qu’on se sente différent, ou bien qu’on juge la vie, mais qu’est-ce qu’on sent loin des gens…
Alors j’ai décidé de changer. Changer de forme, changer d’esprit, changer de lieu. Avant de partir, je vous laisse un dernier témoignage en ces pages. Laissez ce manuscrit ici, car derrière vous, en viendront d’autres. Je ne suis sûrement pas le premier ni le dernier. J’ai trouvé des indices, des traces. Il ne me reste plus qu’à les suivre et à voir où mes pas me mèneront…Tout change. Tous changent. Rien n’est éternel. Les âmes hurlent et se retournent dans leurs tombes. Je clos enfin ici ces notes. Je ne sais pas où je vais, ça je ne l’ai jamais su. Mais si jamais je le savais, je crois bien que je n’irais plus…

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