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16 octobre 2013

L'homme du train.

L’homme dans le train le fixait.

Il en était sûr désormais ; cela faisait une dizaine de minute qu’il l’avait remarqué.

John tenta un nouveau regard furtif dans sa direction. Son regard restait fixe, sans émotion, posé sur John. L’homme du train ne montra pas le moindre signe de réaction face au coup d’œil de John mais il l’avait remarqué, celui-ci en était sûr. Il le fixait, bordel, comment aurait-il pu le manquer ? Alors comment interpréter ce manque de réaction de sa part ?

Être fixé est déjà quelque chose d’assez dérangeant, si on ajoute à ceci le fait que celui qui nous fixe n’a pas l’air de nous porter le moindre signe d’intérêt, cela en devient carrément malsain. [Une goutte de sueur commença à se former sur la tempe de John.] L’homme du train, durant la première moitié du voyage, n’avait rien montré de particulier. Relativement grand, bien bâti, il aurait pu faire n’importe que travail. Des cheveux bruns, une coupe en brosse. Short gris et espadrilles, chemisette blanche ajustée. Quand John était entré dans le wagon, l’homme se massait le mollet, comme s’il avait une courbature.  John parcourait ce trajet deux fois par mois, pour aller voir sa sœur qui habitant à Marle. Elle avait accouché il y un an et demi d’un joli bébé d’un kilo deux cent, et depuis elle et John avait établi le rituel de dîner bimensuel. Il n’y a qu’une heure de trajet, et les trains sont fréquents ; John pouvait aisément faire un aller en fin d’après-midi, manger en prenant son temps avec ce qu’il restait de sa famille, puis rentrer chez lui légèrement alcoolisé sans avoir à conduire. Celui lui convenait parfaitement, et sa sœur aussi semblait contente de cet arrangement ; ils s’étaient pas mal éloignés l’un de l’autre durant les dernières années, et étaient tous deux heureux que la naissance les ait rapprochés de nouveau.

Mais maintenant, sous le regard abrupt de l’homme du train, John regretta amèrement de ne pas avoir trouvé une excuse quelconque pour ne pas se trouver ici en ce moment même. Cela devait faire au moins vingt bonnes minutes que ce bâtard en chemise blanche ne détachait pas son regard bovin de lui. John consulta encore une fois sa montre. Plus qu’une dizaine de minute avant l’arrivée du train. Il décida d’affronter l’homme du train du regard. Il tourna la tête et plongea ses yeux dans les siens, ostensiblement, comme pour le provoquer.

Il ne se passa strictement rien. Le regard vide de l’homme du train ne montra pas le moindre signe d’émotion, alors même que John le scrutait avec la plus grandes des intensités. John, le cœur battant, soutenait toujours ce regard. Une minute passa. Puis deux. Puis les lèvres de l’homme du train s’étirèrent, et il sourit.  Ce sourire, c’en était trop pour John. La goutte de sueur roula sur sa peau et s’écrasa contre son col. C’était puant, il fallait qu’il se tire, maintenant. Quittant son siège, il remonta rapidement la travée centrale. Il entendit un bruit derrière lui et jeta un coup d’œil  au reflet dans la vitre qui confirma ses craintes : l’homme du train s’était lui aussi levé et le suivait. Arrivé au bout du wagon, un homme en col roulé noir lui tînt la porte ouverte avec un sourire.

« -Je vous en prie. »

John le remercia rapidement puis s’engouffra dans l’embrasure. Il n’y avait personne dans l’entre-deux-wagon, personne pour appeler au secours, personne pour crier au meurtre si quelqu’un était tué ici. Rien à part la porte entrouverte des chiottes minables du train.

Pour la première fois depuis qu’il était monté dans ce foutu train, John sourit.

L’homme du train franchit la porte battante du wagon, qui claqua derrière lui. John l’attrapa immédiatement par les cheveux et, dans la même seconde, sorti son cran d’arrêt de sa poche et lui trancha la jugulaire. Le sang gicla dans les chiottes, l’homme mourut presque instantanément, dans un gargouillis des plus satisfaisants pour John. Il jeta son cadavre sur la cuvette des WC, essuya rapidement son couteau sur l’irritante chemise trop blanche, et referma la porte du pied. Il replia son couteau et le remis dans sa poche. Le train entrait en gare ; sa sœur serait contente, il ne serait pas en retard.

Posté par Paskaven à 19:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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