UneTortue

Voici le blog officiel du dix-neuf et de tout ses supporter!

29 mars 2010

John Is Back.

John referma la pochette cartonnée contenant le dossier d'un claquement sec. Foutu dossier. Une affaire importante, un devis à rédiger pour une le patron d'une grosse boite de fabrication de stylo. Une affaire juteuse. Mais merde, qui peut bien s'intéresser à faire des devis pour le patron d'une grosse boite de fabrication de stylo? John y réfléchis. Il est bien payé pour faire ce travail. Bien plus qu'il ne devrait l'être. Vu son salaire, il fraude. Quatre-vingt dix pour cent de l'argent qu'il reçoit n'apparaît pas sur sa déclaration d'imposition. De toute manière, il n'en a rein à faire de la loi. La conscience civique ne lui fait ni chaud ni froid. Les policiers, les usuriers, il les ignore… Il possède un compte au Bahamas. Un nom d'emprunt, une autre vie, qu'il aime. Là-bas, il ne s'appelle pas John mais Marcus. Un nom comme un autre, juste un milliardaire américain de plus sur une île paradisiaque. Il possède une villa là-bas, elle aussi au nom de Marcus. Un jet privé. Une piscine olympique. Malgré cela, le compte en banque reste fourni. Toute la partie de son salaire qui n'apparaît aux yeux du gouvernement est jouée en Bourse, et lui rapporte. John déteste ça, mais son banquier des Bahamas est un génie pour faire fructifier les capitaux. On dit de lui que c'est un magicien, qu'il prévoit l'avenir. La seule fois où John l'as vu, il était entièrement en noir. Sa simple apparence lui a fait froid dans le dos. Une triste conséquence de la guerre, c'est ce qu'il avait dis en désignant son moignon. Depuis, aucune nouvelle.  Juste le montant du compte en banque qui augmente plus vite qu'il ne diminue. L'homme lui avait donné la désagréable impression de savoir pertinemment que Marcus n'étais pas son nom. Ni John, d'ailleurs. Mais quand il avait commencé à travailler, alors même que les contrats se faisaient rare et le salaire misérable, il ne pouvait pas se permettre de ce lancer dans ce milieu avec un nom comme Kevin. Les Kevin sont mauvais pour ce genre de chose, c'est connu. Travailleur indépendant, cela ne lui a pas posé problème. C'est juste que ce travail ne le passionne pas.

 

C'est même un euphémisme de le dire; son travail est la chose qu'il abhorre le plus au monde. Il le trouve avilissant. Mais il s'est habitué au confort de vie, à la villa, au jet, à la piscine. Prisonnier, il sait que s'il laisse tout tomber, même son banquier magicien ne pourra assumer ses dépenses. Et il aime trop le personnage de Marcus pour l'abandonner ainsi. Il faxe le devis pour le patron de la grosse boite de fabrique de stylo. Il ne reste plus qu'a attendre une réponse, pour savoir si tout est clean. Après ça, il est libre de sa journée. Son portable sonne. Un portable dernier cri, écran tactile, la puissance d'un ordinateur portable. Un vrai bijou de technologie possédant le haut débit partout dans le monde, ayant du réseau partout. Il est sur un groupe d'opérateur inaccessible au commun des mortels, très couteux lui aussi. Il décroche, d'un mouvement vif. Tout est bon; le devis pour le patron de la grosse boite de fabrication de stylo convient parfaitement. Alors que la conversation s'enlise en politesse, il se lève et ouvre la fenêtre de son bureau. Un petit vent agréablement frais vient caresser sa peau, sous sa chemise au col ouverte. Depuis qu'il travaille seul, il ne porte plus de cravate. Autant de chose qu'il a laissé tomber. Tout arrive si vite. Comme pour son salaire…

 

Au début, il arrivait à peine à vivre. Puis, très vite, sa paye a augmenté. Officieusement, bien sur. Quelques grosses huiles l'ont plébiscité. On a dit qu'il était le meilleur. Qu'aucun autre ne lui arrivais à la cheville. Et si la part officielle de son salaire n'as pas changée, la part officieuse à décollée, devenant franchement indécente. Mais il en a marre de tout ça. Marre d'être sans cesse sollicité. Il a envie d'envoyer chier les grosses huiles. Mais ça ne fonctionne pas comme ça, c'est impossible. Il envisage de prendre sa retraite bientôt. Dès qu'il aura accumulé assez pour que la fructification de son capital soit suffisante pour compenser ses dépenses. De toute manière, il pourra abandonner le Jet. Il n'aura plus besoin de faire deux fois par mois les allers-retours Bahamas-JFK, il pourra vivre en tant que Marcus le restant de ses jours. Il raccroche, jette un coup d'œil nostalgique aux immeubles de Manhattan. Ce sera bien la seule chose qu'il regrettera de sa vie actuelle. Les grosses huiles, les devis, ce travail déshumanisant qu'il hait. Franchement, qui pourrait faire ça à longueur de journée sans devenir fou? Il referme la fenêtre d'un geste sec et s'apprête à partir. Tant pis. Il enfile sa veste, rassemble ses affaires de travail dans sa serviette, la saisi et franchit la porte. Sortant son trousseau de clé, il la verrouille. Il se demande, comme à chaque fois, quand est-ce qu'il pourra arrêter ce travail abominable. Il choisit l'escalier. Il choisit toujours l'escalier il trouve que ça le met un peu en condition. Il marche sur le trottoir de la treizième avenue.

 

Il ne va pas loin, il peut faire le trajet à pied. De plus, il adore marcher dans New-York. Il trouve toujours fascinant de voir comment la ville a refleurie après la catastrophe. Les signes du feu sont encore partout, mais ils semblent si anciens maintenant. En une dizaine d'année, les immeuble se sont rebâtis, les gens sont revenus, la vie à repris. La catastrophe à donnée à la ville un puissant air de ruine, à la fois comble de l'oublié et du moderne. Une ambiance que John adore. Mais il ne restera pas plus longtemps ici. Pas avec ce foutu travail qui lui colle au basque. En marchant, il prend sa décision. Il plaque son job. Bien sur, pas tout de suite. Il finit d'abor ses affaires en cours, il est réglo. Il a toujours été réglo – peut-être ce qui lui assure une si bonne réputation? Bref. Il est presque arrivé. Il soulève sa veste et sort de sa poche-revolver gauche une paire de lunette de soleil. Les beau jours de font sentir. Il trouve cette appellation stupide. A-t-on une poche-stylo? Une poche-portable? Non. C'est stupide et illogique. Il n'aime pas ça. John est rigoureusement logique et méthodique – un autre élément qui fait qu'on a dit qu'il était le meilleur? Il ne le sait pas.

 

Il s'étonne toujours de voir combien de simples lunettes Ray-ban modifient le visage. Pas seulement les yeux; c'est la forme générale tout entière qui ondule quand on met ces choses sur le bout de votre nez. Soudainement, vous paraissez être un dur. Il n'aime pas particulièrement se métamorphoser ainsi, mais sa notoriété commence à être grande et il ne souhaite pas être reconnu. Depuis le début, il a toujours fait comme ça. Il préfère l'anonymat, le solo. Bien plus simple. Il sent qu'il se rapproche de la fin, qu'il va enfin pouvoir arrêter et partir loin de tout ça. Bref. Il complète sa métamorphose alors qu'il arrive au coin de la vingt-huitième rue, qu'il doit emprunter. Il rejette ses cheveux mi-longs sous un chapeau aux bords larges. La nuque et la base du crâne sont rasées. Tant qu'il porte une casquette, on jurerait que c'est la totalité du crâne qui est rasée. Avec les Ray-ban, cela lui donne l'air d'un fédéral. Un flic, brutal, dur. Quelle ironie. D'ici quelques minutes, il sera au coin de la dix-neuvième avenue et de la vingt-huitième rue. Il consulte sa montre d'un œil distrait. Dix-neuf heures douze. La coïncidence le fait sourire. Avec un peu de chance, d'ici qu'il y soit, il sera dix-neuf heure dix-neuf. Il ne se trompe pas. Lorsqu'il pénètre dans le bâtiment, il est exactement dix-huit. Une minute. Il sait où il se dirige. Le temps qu'il soit à l'ascenseur, cinquante secondes.  Une affiche prône "cent cinquante étages en vingt secondes!", c'est le moment de vérifier. Il rentre dedans en sept secondes, et attend durant quatre que la porte se referme. Il est seul dans l'ascenseur tandis qu'il monte. Il consulte une nouvelle fois sa montre tandis que la porte s'ouvre, se riant de l'ironie du sort: il lui reste dix-neuf secondes. Ce qu'il va faire est loin d'être prudent. Rentrer dans le bureau d'un PDG sans s'annoncer, en vrac, voilà quelque chose qu'il n'as jamais fait. La secrétaire, faciès et corps avenant, tente de le bloquer, mais trop tard. Il ouvre la porte en trombe, sous le regard ébahi du patron et de deux hommes d'affaires en cravate qui ne le reconnaissent pas. Normal, vu le changement physique qu'il a opéré il y a peu. Il soulève sa veste, et porte sa main à sa poche-revolver droite. La secrétaire bredouille un mot d'excuse. Un simple coup d'œil lui a suffit. Le PDG est bien le même que la photo qui lui a été donné.

 

Deux secondes avant dix-neuf heures dix-neuf, John la paume de John rencontre la crosse familière de son arme.

 

A dix-neuf heures dix-neuf précises, John ouvre le feu et abat le patron de la grosse boite de fabrication de stylo.

 

 En moins d'une seconde, il abat également les deux témoins de l'assassinat. Avec la prestance d'un félin, il se retourne et loge une balle entre les deux yeux de la secrétaire. Il recule d'un pas, évitant la gerbe de sang. Sans avoir le moindre contact avec la pièce, il bloque de la pointe du pied la porte de l'ascenseur, qui se rouvre tandis qu'il rentre dedans. Il nettoie consciencieusement à l'aide d'un mouchoir en papier toutes traces de ses empreintes sur les boutons, puis appuie sur "rez-de-chaussée". Tandis que la porte se referme, il laisse son arme refroidir. Vingt secondes plus tard, l'arme est de nouveau logée dans la poche prévue à cet effet alors qu'il franchit les portes de l'ascenseur. Sans un regard pour les alentours, il passe les portes vitrées. Deux cents mètre plus loin, il enlève ses lunettes et sa casquette, changeant de nouveau radicalement son faciès. Les sirènes se font entendre dans le lointain.

 

On l'a dit, John n'est pas seulement le plus cher de sa profession; c'est le meilleur.

Posté par Paskaven à 18:56 - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Très sympa à lire encore une fois.
    Puisque tu as l'air d'aimer les histoires de violence gratuite et cruelle, j'espère que tu as lu Orange mécanique. Je l'ai commencé il y a peu et impossible de décrocher.

    Posté par jessica, 29 mars 2010 à 20:36
  • Bwahahahah, je te ferait remarquer qu'ici la violence est loin d'être gratuite mais qu'au contraire elle se monnaye à bon prix
    Je le lirai si j'ai l'occasion de le trouver, mais je suis un peu à sec ces derniers temps, les livres coûtent cher, surtout que je suis généralement incapable de résister quand j'en vois un d'un de mes auteurs favoris...

    Posté par Paskaven, 29 mars 2010 à 22:58
  • Hier j'ai regardé Funny Games, tu l'as vu ? J'ai adoré !

    Posté par jessica, 15 avril 2010 à 09:51
  • J'ai la télé, mais généralement quand j'y pense le programme est loin de moi et j'ai une flemme monstre, donc je ne la regarde pas.
    Cela dit, je m'attèle à le télécharger.
    Je crois que c'est l'adaptation d'un roman de Stephen King, si je ne m'abuse (tout du moins, je crois l'avoir déjà lu quelque part, sans certitudes).

    Posté par Paskaven, 15 avril 2010 à 12:35
  • Dommage que tu ne puisse pas abîmer tes yeux . En cherchant un peu sur le net, j'ai l'impression que Funny Games n'est pas une adaptation de King, même s'il aurait pu écrire ce genre de livre. Oui, j'ai trouvé fascinant le suspense des scènes où il ne se passe rien. On ne voit jamais les actes de violence et pourtant il est bien plus exaltant que n'importe quel Saw. Qu'est ce qu'il t'a déplu dans la fin ?

    Posté par jessica, 16 avril 2010 à 14:14

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